Association Florimont - le Château Ouvrier

Florimont gère l’espace associatif le Château Ouvrier et mène le projet "Mémoires... et Avenir de mon quartier"

Historique

Historique du Château Ouvrier

Historique du château Ouvrier, par Jean Louis Robert, historien

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Plan Girard, 1820

Avant 1860, la parcelle du 69 rue de Vanves est encore en banlieue et appartient à la commune de Montrouge. Il est difficile faute d’avoir examiné sérieusement le cadastre de savoir si la parcelle du 69 avait appartenu au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle au célèbre château du Maine dont la propriété s’étendait sur l’essentiel de l’îlot Vanves-Plaisance-Didot-Château. Château dont il est établi qu’il ne fut jamais, contrairement à la légende, une propriété du duc du Maine. Il fut seulement ainsi nommé au XVIIIe siècle du fait de sa proximité de la Chaussée du Maine. Il s’agissait dans une pub de 1845 d’une « magnifique propriété » avec dépendances, fontaine, et 25000 m2 de jardins. La liste de ses propriétaires a été établie entièrement. On y trouve notamment l’écrivain rival de Voltaire, Fréron … Louis, marquis de Talaru, pair de France...

A compter de 1840, le propriétaire (qui avait une fille qui s’appelait Léonie…voyez l’impasse..), Couesnon, a commencé à lotir sa propriété dans ce coin de banlieue qui allait commencer à se peupler rapidement. Le dernier lot en 1898 fut vendu en 1898 à la Compagnie des Transports Sud, au grand dam, déjà, de ceux qui voulaient y faire un square municipal. La famille Villemain (qui a produit un ministre célèbre qui a sa rue dans le quartier) est parmi celles qui participent à des achats dans le quartier et elle devient propriétaire à une date que nous ignorons de la parcelle du 69.

L’épisode glorieux de l’Orphelinat des arts Le 69 accueille aussi entre 1882 et 1888 l’Orphelinat des arts. Fondé en1881 par la comédienne Marie Laurent, bénéficiant de plus de 800 adhésions, l’orphelinat accueille jusqu’à 47 enfants, filles de 4 à 18 ans, tant filles de plasticiens que de comédiens ou musiciens, dans des conditions qui firent l’objet de quelques polémiques. Certains les jugeaient trop bonnes avec les cours de dessin, de solfège, de piano, d’anglais, de coupe, d’histoire et de gymnastique… Il fallut sans cesse agrandir la construction de bâtiments provisoires jusqu’à ce que l’orphelinat déménage en 1888 à Courbevoie. L’orphelinat eut la visite de grands noms qui lui donnèrent un écho certain, Gustave Doré y venait régulièrement, Jules Claretie vint y assurer la distribution des prix et, honneur suprême, Victor Hugo y fit une visite le 22 septembre 1881 ; « la foule qui s’était amassée sur son passage et avait envahi jusqu’aux murs du jardin, l’acclamait avec enthousiasme ». Ainsi se croisent à Plaisance le monde des œuvres et celui des arts et lettres.

La construction du « Château ouvrier ». En août 1889, une première demande de construction est déposée par le comte de Villemain : elle concerne l’allée et prévoit la construction d’une ensemble de petites maisons accolées d’un étage. La seconde demande est déposée par le même en mars 1890 et concerne cette fois le terrain en fond de parcelle. Il s’agit de construire un bâtiment de 6 étages ou 7 niveaux (rez de chaussée et sixième étage sous comble). Les autorisations sont rapidement accordées après vérification du service des carrières. La construction s’effectue en 1891et l’ensemble est déclaré conforme par les services de la Ville le 10 mars 1892. L’architecte de l’ensemble est Louis Gauche, qui a son cabinet 3 rue du Bac, et est un architecte relativement important de l’époque, et nullement spécialisé sur le quartier. La construction est originale à plus d’un titre, outre l’élégance des deux petites avancées latérales qui lui donnent son charme. Chaque niveau est occupé par 8 deux pièces avec cuisine et W.C. L’immeuble est donc parfaitement égalitaire. Il apparaît relativement cossu pour un quartier alors très pauvre, en particulier par la présence systématique des toilettes qui sont alors généralement sur les paliers ou dans les cours. Cependant il ne s’agit pas d’un immeuble bourgeois en belles pierres de taille et les logements n’ont ni salle d’eau ni salle de bains. Les locataires disposent aussi de 56 caves en sous-sol. Contrairement à la légende, le « Château » n’est nullement un bâtiment destiné à des Sœurs même si les Congrégations sont nombreuses dans le quartier. Il est rapidement loué pour l’essentiel par des ouvriers. Nous retrouvons une dernière trace du bâtiment dans les Archives en 1913 lorsque la comtesse de Villemain, qui demeure, bien sûr, à Neuilly-sur-Seine, fait reconstruire la porte charretière sur la rue en mauvais état et ses deux pilastres. Quelques éléments sur la vie du « Château ouvrier ». Nous trouvons quelques faits divers avant 1914 qui sont autant de traces de celle-ci. En 1895, le magasin de confections installé en boutique sur rue connaît un incendie. En 1910, une petite coopérative de production « L’Electric » y est installée. C’est cette année qu’a lieu l’« affaire » ! Un ouvrier mécanicien aux Compteurs, de 32 ans, père de 2 enfants, se suicide au revolver. Sa femme tente de se suicider à son tour. Puis rebondissement ! La femme et son amant sont arrêtés et accusés d’avoir tué le malheureux mécanicien. L’affaire fait la une jusqu’en 1911 où elle est close par un acquittement général.

En 1936, l’étude des listes nominatives des recensements nous permet de constater qu’habitent au 69 189 habitants dans 74 foyers (ce qui signifie un certain morcellement des logements). On y trouve très peu d’enfants, le ménage dominant étant le couple (marié ou non sans enfant). Ouvriers sans qualification (manœuvres, journaliers, femmes de ménage…) y cohabitent avec des métiers qualifiés (correcteur, monteur….) ou des employés des secteurs concédés (cheminots..). Aucun bourgeois ! Natifs de Paris, de province et de l’étranger s’équilibrent avec une communauté d’originaires de Pologne-Russie.

Parmi des moments importants, la Grande Guerre

Notre « château » compte huit morts pour la France. Relevons le plus jeune Firmin Ratard, 21 ans, du 2ème Zouaves, mort en Grèce. Et Alfredo Martini, né en Italie à Bagno di Luca, engagé volontaire dans le 1er Régiment étranger, tué lors de l’offensive meurtrière de Champagne en mars 1915 à 30 ans. Et la résistance. L’immeuble a son héros Louis Baron dont nous ne connaissons que très peu de choses. Il a fourni, comme le quartier, un grand nombre de résistants. Et en 1955 le responsable des anciens FTP du 14ème habite au 69, M. Michelaere, grande figure du 69. A suivre !