Association Florimont - le Château Ouvrier

Florimont gère l’espace associatif le Château Ouvrier et mène le projet "Mémoires... et Avenir de mon quartier"

Actualité de la Résistance

Sur les pas de la Résistance - mars/avril 2009

Entre le 12 mars et le 2 avril 2009, Florimont a organisé 5 parcours Résistance avec les classes de 3ème du collège Giacometti et leurs professeurs d’histoire dans le quartier Pernety.

La balade était assurée par Jean-Louis Robert, historien. Ensuite, visite du musée Jean Moulin et Mémorial Leclerc accompagnée d’une conférencière ou d’un conférencier.

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Le but : Faire découvrir aux élèves les lieux et les figures de la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est à dire les personnes (inconnues comme illustres) qui ont fait preuve de détermination dans leur refus de l’occupation allemande et se sont battus d’une part contre le régime allemand et Pétain et d’autre part contre la capitulation et la collaboration.

Et qu’au-delà de l’occupation allemande de montrer qu’il est possible de dire NON quand on estime qu’une situation est inadmissible et intolérable. Même si c’est une loi, même si c’est quelqu’un ou un groupe de personnes plus fort que nous, il est possible de la combattre.

La Résistance pendant l’occupation allemande. Elle prend essentiellement deux formes.

- La Résistance extérieure, celle dite des Forces Françaises Libres. Créées le 7 août 1940 à Londres par le général de Gaulle, elles regroupaient les volontaires évadés de métropole ou ralliés à l’Empire en une armée régulière qui acceptait les directives du commandement britannique. Ex : le maréchal Leclerc et le commandant Mouchotte.

- La Résistance intérieure. C’est un réseau de groupements spontanés qui se sont développés en France au lendemain de la défaite de 1940. Leur recrutement s’effectuait dans toutes les couches de la société. Plusieurs formes d’actions : le renseignement (connaître les mouvements de l’armée allemande), la propagande (fabrication et distribution de journaux clandestins, écrire sur les murs "Vive de Gaulle", "Vive la Résistance", "Dehors les Allemands" ou dessiner des croix de Lorraine sur les murs), l’entraide (pour sauver ceux que les Allemands voulaient exterminer), les sabotages (des trains, des canons, des obus dans les usines) et enfin les commandos contre les Allemands (à la grenade, au pistolet, à l’arme blanche, au poignard).

La Résistance dans le quartier Pernety. C’est une pépinière de résistants et cela pour deux raisons :

- Dans les années 40, le quartier est encore un quartier très ouvrier et beaucoup d’ouvriers se sont engagés dans la Résistance. D’ailleurs de Gaulle parlera de "La classe ouvrière, seule fidèle à la Patrie"
- la configuration urbaine du quartier. A l’époque, c’est un quartier qui possède un urbanisme du 19ème siècle : petites rues pavées, impasses, ruelles, maisons basses, des cours intérieures. Le quartier du fait qu’il est assez fermé et secret fournit des cachettes à beaucoup de résistants. Par exemple, Missak Manouchian (chef des FTP/MOI de la Région Ile de France).

11, rue de Plaisance - le groupe Manouchian - Le rôle fondamental des immigrés dans la Résistance

Manouchian est né en 1906 dans la partie turque de l’Arménie. A 10 ans, ses parents sont victimes du premier génocide et il se retrouve orphelin. Avec son frère, il est recueilli dans un orphelinat du protectorat français de Syrie. A 20 ans, il vient en France et se fait embaucher comme ouvrier chez Citroën. Engagé dans les milieux de l’extrême-gauche, il fonde un syndicat. En même temps, il fonde deux revues littéraires où sont publiés des articles concernant la littérature française et arménienne. Il traduit des poètes français et arméniens.

Dans les années 30, il adhère au parti communiste ; il est élu secrétaire du comité de secours pour l’Arménie (HOC) qui relève en fait de la MOI (Main d’Oeuvre Immigrée). Toujours avec sa très forte volonté de sortir de sa condition, il s’inscrit à la Sorbonne en qualité d’auditeur libre. Il y suit les cours de littérature, de philosophie, d’économie politique et d’histoire.

1940. La défaite. Après sa démobilisation, il reprend ses activités militantes devenues clandestines car le parti communiste est interdit depuis septembre 1939. Il devient alors responsable politique de la section arménienne clandestine de la MOI dont l’activité n’est reconnue qu’en 1943. En février 1943, Manouchian devient pour la Région Ile de France le chef des Francs-Tireurs et Partisans/ Main d’oeuvre Immigrée.

Ce groupe est constitué en majorité par des étrangers (des Espagnols, des Italiens, des Arméniens, des Polonais, des Hongrois, des Roumains) qui, à l’exception de Manouchian sont juifs. Parmi les groupes les plus actifs et les plus déterminés, il n’hésite pas à jeter des grenades (voir "L’attentat du Moulin Vert"), à tuer. Ainsi, le 28 septembre 1943, ils tuent Julius Ritter, général SS qui supervisait le Service du Travail Obligatoire (STO). Ils ont, à leur actif, une centaine d’attentats.

L’Affiche Rouge. Après dénonciation, la police de Vichy lance, en novembre 1943, une grande opération contre les réseaux de résistance et procède à l’arrestation de nombreux FTP/MOI. Manouchian et 22 de ses camarades sont arrêtés, torturés puis livrés aux Allemands. Ceux-ci exploitent l’affaire à des fins de propagande en publiant le portrait des principaux condamnés sur une affiche rouge placardée à des milliers d’exemplaires en insistant sur l’origine juive et étrangère des "terroristes". Les Allemands souhaitaient ainsi profiter de cette vaste rafle pour lancer une campagne antisémite et xénophobe et rallier les populations françaises à leur cause. A cette fin, les noms de Cloarec et de Rouxel ne seront pas mentionnés.

Mais la propagande manquera son but puisque l’affiche suscitera un grand mouvement de sympathie dans la population et restera comme le symbole du combat des étrangers contre l’occupation.

Extraits de l’Affiche Rouge - poème d’Aragon chanté par Léo Ferré

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

26, rue des Plantes - Jean Moulin et Lucien Legros - L’unification de la Résistance et la Résistance de la jeunesse

26, rue des Plantes : une maison construite entre les 2 guerres mondiales plutôt pour les artistes. Beaucoup y ont habité (Max Enrst entre autres). Deux héros de la Résistance également : Jean Moulin et Lucien Legros (voir plus bas).

Jean Moulin est le second personnage de la Résistance après de Gaulle.

Il est né le 20 juin 1896 à Béziers dans une famille - républicaine, laïque et radicale-socialiste- d’universitaires. Après son baccalauréat, il s’inscrit à la faculté de droit de Montpellier tout en travaillant au cabinet du préfet de l’Hérault. Après ses études de droit, il commence une carrière de haut fonctionnaire. En 1925 - il a 26 ans - Jean Moulin devient le plus jeune sous-préfet de France à Albertville et Châteaullin. En 1936, le Front Populaire arrive au pouvoir. Il devient alors chef du cabinet du ministre de l’Air (Pierre Cot). Pendant la guerre d’Espagne, il aide les résistants républicains espagnols antifranquistes en leur envoyant des avions et des pilotes.

Juillet 1939. Il est nommé préfet de Chartres (ville d’Eure-et-Loir, à 50kms de Paris), peu de temps avant la déclaration de guerre. En juin 1940, les Allemands arrivent à Chartres. Ils soumettent alors à Jean Moulin une déclaration selon laquelle un groupe de tirailleurs sénégalais appartenant à l’armée française aurait commis des crimes graves. Jean Moulin refuse de signer le document. Ayant osé tenir tête à l’occupant, il est battu puis emprisonné. Son refus de collaborer l’amène à commettre un acte qui témoigne de son courage et de sa détermination : il tente de se trancher la gorge à l’aide d’un bout de verre. Il échappe à la mort de justesse, puis est révoqué par le gouvernement de Vichy en novembre 1940. Il fait alors ses premiers pas dans la Résistance.

Convaincu de son devoir de lutter contre l’occupant, il se rend à Londres et rencontre de Gaulle. Ce dernier, d’emblée, lui confie la mission d’unifier la Résistance dans le Sud de la France. Après de multiples efforts et beaucoup de ténacité, il réunit au sein du Mouvement Uni de la Résistance (MUR) : Combat d’Henri Frenay, Franc-Tireur de Jean-Pierre Levy et Libération d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Cette mission réussie, de Gaulle le charge alors de mettre en place le Conseil national de la Résistance (CNR) c’est à dire de réunir sous une même identité politique toutes les organisations (mouvements, partis politiques et syndicats). Jean Moulin en devient le premier président.

Printemps/Eté 1943. Lorsque le chef de l’Armée Secrète, le général Delestraint, est arrêté par l’occupant au début du mois de juin, il organise une réunion en urgence des responsables militaires à Caluire (Lyon). Le 21 juin, jour de la réunion, la Gestapo envahit le lieu de rassemblement et arrête les participants. Emprisonné, torturé pendant plusieurs jours, Jean Moulin mourra - sans avoir parlé - lors de son transfert en Allemagne. Celui-ci est daté au 8 juillet 1943. Jusqu’au bout, il aura mené une résistance psychologique et physique.

Ses cendres reposent au Panthéon depuis 1964.

Extrait du discours d’André Malraux le 19 décembre 1964 au moment du transfert des cendres de Jean Moulin. "Aujourd’hui, jeunesse puisses-tu penser à cet homme et approche les mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé. Ce jour-là, elle était le visage de la France".

Avenue du Maine - près de la mairie du 14e - L’insurrection

Paris a été entièrement libéré le 25 août 1944 par les Alliés (Les Forces Françaises Libres, les américains et les anglais). Mais depuis le 19 août, les parisiens mènent l’insurrection. A ce moment-là, l’armée régulière est encore à 50kms de Paris. Observant les directives du CPL (1), les comités locaux de libération occupent les mairies d’arrondissement. A 16 heures, les résistants occupent la mairie du 14ème. Ils destituent le maire nommé par Vichy et mettent en place une nouvelle municipalité. Toutefois, les Allemands ne se sont toujours pas rendus et on se retrouve dans une situation étrange où la mairie est aux mains des résistants mais les allemands tiennent toujours l’avenue du Maine et continuent de tirer.

Dans les premières heures de l’insurrection, les actions de guérilla éclatent et le quartier Pernety est alors entouré de barricades fabriquées avec tout ce qui peut se trouver sous la main : les pavés des rues, des matelas, des camions renversés, des sacs à terre renforcés de pavés, des vieux lits, des câbles.

Extraits du site internet de Gilles Primout - www.liberation-de-paris.gill... Témoignages de Charles Huck - 10 et demi ans en 1944

"Je voudrais dédier ces quelques souvenirs à mon père, chef de peloton de la Défense passive au poste de secours du 144, rue de Vanves dans le 14ème, le quartier Plaisance, lui qui, réfractaire du STO (2), n’a pas hésité à distribuer des tracts incitant les soldats allemands à déserter, en les glissant dans les journaux de l’armée d’occupation...ce qui lui vaudra une convocation à la Kommandantur (...). J’avais 10 ans 1/2 et comme tout gamin, sans réfléchir, je me suis mis à la disposition des adultes. Voilà mon premier travail : descendre les sacs de sable de la Défense Passive entreposés dans les étages des immeubles en vue de lutter contre les incendies causés par d’éventuels bombardements et avec ceux-ci monter une barricade entre la bouche de métro Pernety et le café d’en face, "Le Métro". Christiane Corbier, une camarade qui devait avoir mon âge, m’aidait. Aux alentours du 20 août le chaos s’est installé dans Paris ; (...). L’agitation commence. Les premières barricades sont érigées dans les rues, le quartier Plaisance est en effervescence. Plus loin, à l’autre extrémité de la rue Pernety, au croisement de la rue Didot et de la Sablière, des chauffeurs de camions poubelle ont installé leurs véhicules en quinconce et obstruent la rue. Grosse frayeur...une automitrailleuse allemande passe à vive allure rue Didot en direction de la rue d’Alésia. Le PC des FFI se trouve rue Olivier Noyer...(...). Le 26 août au soir, bombardement sur la capitale ; des bombes allemandes tombent un peu partout. Même sur le parc Montsouris. Mon père dit qu’ils visaient le Central Archives pour paralyser les communications téléphoniques de Paris. Puis la chasse aux tireurs isolés commença ; l’un d’entre eux s’était dissimulé sur le toit de l’école à l’angle de la rue Didot et de la rue d’Alésia.

(1) Comité Parisien de Libération

(2) Service du Travail Obligatoire

Les américains, les anglais et la 2ème Division Blindée du général Leclerc arrivent le 25 août. Les Allemands capitulent et la reddition est signée à la gare Montparnasse autour du général Leclerc (La Résistance extérieure) et de Rol-Tanguy (la Résistance intérieure).

Rue du Château - Rosa Parks - Olga Bancic - Des femmes en Résistance

Rosa Parks est cette femme, qui dans les années 60, a contribué à mettre fin àla ségrégation raciale dont étaient victimes les noirs dans les Etats du sud des Etats-Unis. En refusant de quitter une place réservée aux blancs, elle a résisté à une injustice et à une violation des droits de l’homme.

Olga Bancic (1912-1944) Elle est venue en France dans les années 30 d’un pays appelé la Bessarabie (aujourd’hui la Moldavie). Elle est née en 1912 à Kichinev dans une famille juive. Très jeune, elle commence à travailler comme matelassière et s’engage dans l’action syndicale. A plusieurs reprises, elle est arrêtée par la police et emprisonnée. Elle se marie, s’installe à Bucarest où elle participe à des manifestations dénonçant la montée de Hitler au pouvoir Après plusieurs mois d’emprisonnement, elle quitte la Roumanie pour la France. Elle a 26 ans, lorsqu’en 1938 elle arrive en France. En 1939, elle met au monde une fille prénommée Dolorès. Lorsque la guerre éclate, Olga demande à être affectée au mouvement FTP/MOI de la Région Ile de France. Sous le pseudonyme de Pierrette, elle est responsable d’un service de liaison et gère ensuite le dépôt d’armement et la distribution des armes aux combattants en se rendant sur les lieux des affrontements (voir L’attentat du Moulin Vert). Par mesure de sécurité, elle décide de confier sa fille à une famille française.

En novembre 1943, elle est arrêtée par les Brigades spéciales de la préfecture. Le 19 février 1944, elle est condamnée à mort avec ses compagnons (ceux de l’Affiche Rouge). Elle est alors transférée en Allemagne. Emprisonnée à Stuttgart, elle est décapitée le 10 mai 1944, mois de sa 32ème année.

Le femmes dans la Résistance ont eu plusieurs rôles :

- Pourvoyeuse d’armes. Comme Olga Bancic ou Cécile Rol-Tanguy. "Souvent le landau d’Hélène, l’aînée de nos quatre enfants, née en mai 1941, puis celui de Jean, né en novembre 1943, m’ont servi à transporter des armes - comme des revolvers ou des grenades - et même la mitraillette d’Henri" (http://fol07.com). Dans ces cas-là, la femme prend le landau. Au fond du landau, elle met les armes et sur les armes elle met les langes au-dessus et enfin elle met le bébé. Et elle fait le transport des armes dans la capitale

- Fabrication d’explosifs. Comme France Bloch-Serazin. Dès 1941, elle participe aux premiers groupes de résistance communiste dirigés par Raymond Losserand

- Gestionnaire du quotidien. Elles doivent assurer le ravitaillement de tous les jours. Certains organisent des manifestations de ménagères. Lise London a organisé, rue Daguerre, une telle manifestation

- Services de renseignements. Jeanne Grimaud, habitante du quartier Plaisance. Elle s’engage dans le réseau F2, lié étroitement aux services de renseignements britanniques et composés, à leurs débuts, essentiellement catholiques polonais. Elle meurt en 1944 à Ravensbrück

- Agents de liaison

- Fabrication de fausses cartes d’identité

- Fabrication de fausses cartes d’alimentation

Toutes ces femmes ont fait la preuve de courage et d’héroïsme. Elles se sont engagées à fond dans la Résistance.

Lettre d’Olga Bancic adressée à sa fille avant de mourir le lendemain.

Ma chère petite fille, mon cher petit amour.

Ta mère écrit la dernière lettre, ma chère petite fille, demain à 6 heures, le 10 mai, je ne serais plus. Mon amour, ne pleure pas, ta mère ne pleure pas non plus. Je meurs avec la conscience tranquille et avec toute la conviction que demain tu auras un avenir plus heureux que ta mère. Tu n’auras plus à souffrir. Sois fière de ta mère, mon petit amour. J’ai toujours ton image devant moi.

Je vais croire que tu verras ton père, j’ai l’espérance que lui aura un autre sort. Dis-lui que j’ai toujours pensé à lui comme à toi. Je vous aime de tout mon coeur. Tous les deux vous m’êtes chers.

Ma chère enfant, ton père est, pour moi, une mère aussi. Il t’aime beaucoup. Tu ne sentiras pas le manque de ta mère. Mon cher enfant, je finis ma lettre avec ton père, avec tout le monde. Je vous embrasse de tout mon coeur, beaucoup, beaucoup.

Adieu mon amour. Ta mère.

Rue Raymond Losserand - ancien nom : la rue de Vanves

La rue Losserand est une rue de résistants. Environ tous les 200 mètres, une plaque pourrait être posée en l’hommage de résistants et de résistantes. D’ailleurs au 156, rue Raymond Losserand, deux plaques ont été posées en l’honneur de Raymond Tardiff et André Aubouet.

Le 23 octobre 1943, un an jour pour jour après l’exécution de Losserand, des résistants ont débaptisé le temps d’une nuit, la rue de Vanves. Le lendemain, les habitants ont pu voir des affiches sur lesquelles étaient inscrites "rue Raymond Losserand" - "Vive la Résistance".

Après la Libération, la rue de Vanves est devenue officiellement la rue Raymond Losserand en hommage à ce conseiller municipal avant 1939, résistant dès le début et fusillé, après 50 jours de tortures, au champ de tir d’Issy-les-Moulineaux.

photo : AMD/Sha14Raymond Losserand (voir photo : AMD/Sha14) voit le jour en 1903. Il devient artisan fourreur à 18 ans. Artisan, travailleur indépendant, il se sent immédiatement solidaire des ouvriers fourreurs qui sont à la tâche dans différents ateliers. Sa solidarité conduit le petit patron qu’il est à adhérer à la chambre syndicale des fourreurs. Désireux de dépasser la lutte syndicale, il adhère au PCF en 1931.

Militant actif, bon orateur avec des qualités d’organisation, il devient Secrétaire de la section du 14ème. Il est élu conseiller municipal lors du départ de Marcel Paul. Ce dernier ayant choisi de se consacrer pleinement à l’activité syndicale.

A la déclaration de guerre, il rejoint l’affectation qui lui est assignée par son ordre de mobilisation. C’est pendant qu’il est sous les drapeaux que la Préfecture de Paris le déchoît de son mandat municipal le 21 mai 1940. L’armée française est en déroute. Des milliers de soldats sont fait prisonniers et emmenés en Allemagne. Raymond Losserand réussit à s’évader en juillet 1940. Rentré à Paris, il retrouve le parti communiste, désormais clandestin. Nommé chef de l’Organisation spéciale (OS) puis commandant des Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF), il multiplie les actes de sabotages qui portent des coups à l’occupant nazi. La lutte est ardente et la répression féroce. Il ne peut échapper à un traquenard. Arrêté le 16 mai 1942, la police française s’acharne contre lui. Raymond Losserand subit sous la torture plus de 50 interrogatoires.

Ses bourreaux le remettent à la Gestapo. Jugé le 1er septembre au terme d’un procès expéditif, il est fusillé le 22 octobre 1942 au champ de tir d’Issy les Moulineaux.

Quant à Louise, son épouse également résistante, elle est arrêtée en même temps que lui. Transférée au fort de Romainville, elle est ensuite déportée à Birkenau, déplacée ensuite à Ravensbrück du 4 août 1944 au 2 mars 1945. Ensuite, le camp de Mauthausen du 5 mars au 22 avril 1945, date à laquelle le camp est libéré.

Louise Losserand est revenue vivre dans le 14e. Avec son second époux, elle a vécu rue Morère jusqu’en 1991, année de son décès.

Rue du Commandant Mouchotte - La France Libre

Le commandant Mouchotte symbolise un aspect très important de la Résistance : la France Libre c’est à dire l’organisation de la Résistance extérieure fondée à Londres par le général de Gaulle suite à son appel du 18 juin 1940. Les ralliements sont d’abord individuels (officiers, soldats ou simples citoyens). Des nombreux militaires français se trouvant en Grande-Bretagne au début de l’été 1940, évacués de Dunkerque ou membres du corps expéditionnaires de Norvège, une faible partie ralliera la France Libre. Les autres rentrant en France ou en Afrique du Nord.

Le 28 juin 1940, Winston Churchill (Premier ministre britannique) reconnaît le général de Gaulle comme "le chef des Français qui continuent la guerre". De Gaulle était très attaché à ce qu’il y ait des français présents au moment de la Libération. Il voulait montrer que les français étaient présents dans les unités régulières et pas uniquement dans la clandestinité.

Les forces de la France Libre. En juillet 1940, la France Libre peut compter sur quelque 7000 hommes. Ses effectifs croissent en août-septembre 1940, à la suite du ralliement de plusieurs colonies africaines, océaniennes et asiatiques : Nouvelles-Hébrides, Tchad, Oubangui-Chari, Congo, Cameroun français, les "Comptoirs de l’Inde", "Etablissements français de l’Océanie, Nouvelle-Calédonie. En décembre 1940, les Forces françaises libres comptent 27000 hommes, 24 navires et une centaine d’appareils de différents pays.

Leur emblème était la croix de Lorraine. On distinguait à l’intérieur des FFL, les forces navales françaises libres (FNFL) et les forces aériennes libres (FAFL). De plus, on peut signaler l’existence, dès 1940, d’un authentique service d’espionnage et de sabotage, le Bureau central des renseignements et d’action (BCRA), qui sous les ordres du colonnel Passy (Dewawrin), avait établi très tôt des réseaux clandestins en France.

Des forces aériennes, en plus de René Mouchotte, on trouve un écrivain Romain Gary et un homme politique, Pierre Mendès-France, Premier ministre sous la IVè République qui a mis fin à la guerre d’Indochine en 1954 et a commencé le processus de décolonisation de la Tunisie et du Maroc.

René Mouchotte (21 août 1914 à Saint-Mandé / 27 août 1944 au-dessus de la Manche) est l’un des premiers aviateurs français à rejoindre l’Angleterre en 1940 depuis Oran via Gibraltar. Il est l’un des grands pilotes des Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL). Premier étranger à être nommé chef d’escadrille dans la Royal Air Force (RAF), il participe à la création du groupe de chasse Ile de France où il dirige en tant que capitaine l’escadrille "Paris". Ce groupe de plus de 7100 sorties, détruisant ou endommageant 75 avions ennemis et larguant 400 tonnes de bombes. 38 pilotes de ce groupe sont morts au combat. En 1943, Mouchotte met sur pieds le groupe de chasse d’Alsace pour la RAF où il commande Pierre Clostermann (surnommé l’As des As). C’est aux côtés de ce dernier qu’il est abattu le 27 août 1944. Son corps est retrouvé sur une plage belge. Il est inhumé, depuis 1949, au cimetière du Père-Lachaise.

Le pont des 5 martyrs : l’héroïsme des jeunes

Le lien avec le 14e : Lucien Legros, lycéen de Buffon et un des cinq martyrs a demeuré 26, rue des Plantes, immeuble où vivait Jean Moulin.

Ces 5 martyrs symbolisent la résistance lycéenne contre l’occupant nazi. C’est une résistance adolescente, isolée et peu entraînée, mal armée, fragile et forte d’un idéal. D’instinct, ces jeunes hommes ont dit NON, se sont battus.

Ces cinq jeunes hommes venaient de familles bourgeoises car à l’époque pour entrer à Buffon, il fallait avoir un niveau assez élevé. C’étaient des gamins, qui, en 1940, avaient entre 15 et 16 ans. Ils étaient en seconde et 1ère. Au lycée Buffon, comme d’autres établissements parisiens, un mouvement de résistance se dessine tant chez les élèves que chez les professeurs. Le 11 novembre 1940, ils sont présents dans le cortège des étudiants venus fleurir la tombe du Soldat Inconnu en dépit de l’interdiction des autorités allemandes et de la Préfecture )de Police (voir Où allez-vous, jeunes gens...).

C’est ce désir d’agir qui anime Jean-Marie Arthus (15 ans), Jacques Baudry (18 ans), Pierre Benoît (15 ans), Pierre Grelot (17 ans) et Lucien Legros (16 ans). Distribuant des tracts, collant des papillons, ils multiplient les appels auprès de leurs camarades. Ils s’efforcent de leur faire comprendre qu’il faut lutter contre l’armée d’occupation. Ils installent une petite imprimerie qui leur permet de reproduire leurs appels chez l’un d’entre eux où ils cachent également leur premières armes.

Avril 1942 : Raymond Burgard, professeur de Lettres au lycée Buffon - un des principaux meneurs du mouvement de résistance "Valmy" - est arrêtée à son domicile par l’Abwehr. Les élèves décident de protester publiquement.

Pendant les vacances de Pâques, ils organisent une manifestation qui se déroule le jeudi 16 avril 1942, jour de la rentrée. Au moment de la récréation, une cinquantaine d’élèves d’autres établissements, conduits par Lucien Legros, force l’entrée et rejoint le groupe de Buffon menée par Pierre Benoît, Jean-Marie Arthus, Jacques Baudry et Pierre Grelot. Les manifestants se dirigent vers "la cour des grands" en criant "Libérez Burgard" et en chantant la Marseillaise. Pendant ce temps-là, un agent du lycée a fait fermer les portes et prévenir la police. Les cinq jeunes réussissent à s’enfuir. Fichés comme "Jeunes gens très dangereux", ils sont désormais obligés de vivre dans la clandestinité. Leur activité s’intensifie. Le groupe passe à la lutte armée. En moins de 3 mois, ils participent à deux attentats contre les soldats et des officiers allemands, lancent des grenades contre un amiral allemand. Ils continuent à glisser des tracts sous des portes, coller des papillons, coller des affiches.

Le 3 et 4 juin 1942, quatre d’entre eux sont arrêtés, sur dénonciation. Le 17 juin, Lucien Legros, Jean-Marie Arthus et Pierre Grelot comparaissent devant le tribunal spécial de Paris pour avoir participé à une manifestation rue de Buci. La sanction : travaux forcés à perpétuité pour les trois gens. Pierre Benoît, en fuite, est condamné à mort par contumace.

Le 15 octobre 1942, après un nouveau procès, les cinq jeunes sont condamnés à mort par le tribunal de la Luftwaffe et transférés à la prison de Fresnes. Considérés comme fortes têtes, ils sont privés de courrier et de visites.

Le 8 février 1943, vers 11 heures du matin, ils sont fusillés au stand de tir de Balard (15ème arrondissement) ; leur corps sont jetés dans la fosse commune au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine.

Avis - Poème de Paul Eluard en l’hommage de Lucien Legros

La nuit qui précéda sa mort

Fut la plus courte de sa vie

L’idée qu’il existait encore

Lui brûlait le sang aux poignets

Le poids de son corps l’écoeurait

Sa force la faisait gémir

C’est tout au fond de cette horreur

Qu’il a commencé à sourire

Il n’avait pas UN camarade

Mais des millions et des millions

Pour le venger, il le savait

Et le jour se leva pour lui